25 février 2006

Le joli leurre

Même le bois vermoulu
De la porte de sortie grinçante
Gisait

Quand, le gracile corps épuré
S’en allait
Dans une volute de vapeur parfumée
Troublant ainsi, l’air stagnant et confiné
De la cité

Du haut et aux longs de leurs balcons
Les femmes s’échangeaient soudainement
Des œillades, pour que tout leur regard
Se converger vers le rez-de-chaussée

Vers la pucelle sortie du hammam du coin
Toute fraîche, sensuelle
Et raffinée

Devant la jouvencelle
Les lavandières échevelées,
Aux lèvres pincées
Se mirent à soigner leurs crinières

Puis une après l’autre
En reniflant ses aisselles
Âpres, poisseuses et rassises
Retournait au lavage de sa vaisselle

Laissant la douce demoiselle seule
Qui à son tour se mettait
A soigner sa mise
Elle brandissait son voile blanc bordé
Et l’entoura autours de sa taille fine

Sans s’apercevoir
De la présence du chenu,
Mis dehors par sa bru
Pourvu qu’elle le trouve inanimé

L’octogénaire, le dévot
Alité sur une paillasse
Chapelet en main
Priait le ciel, de quitter sa mièvre vie

Cessa de l’égrainer
Quand son œil fut éperonné
Par le mince corps moulé
Dans une belle robe évasée, rose, rose bonbon

Soulevé d’un coté, d’un cran
Laissait entrevoir
Un galbe parfait d’une jambe potelé

Et tandis que sa main
Grattait le tapis rêche
Son regard léchait
La tendre joue en peau de pèche

Du visage rubicond
De la fille
Aux lèvres enflées
Rouge pavot

Décrépit et borgne
Le vieux était tiraillé
Baissant le regard une fois
Et une autre, il se livrait à plaisir

A la réjouissance
Lui qui avait oublié le goût
Du sel de la vie

Dans le tenaillement
Entre l’envie de, le désir de
Et l’abstinence
Sans cœur lâcha

En sourire, il mourut
Avec un œil ouvert et un autre clos
Sans douter un instant
Le joli leurre, lui souriait à son tour

En se déhanchant
Portant son baluchon
Elle s’envola pour enflammer
D’autres cœurs nonchalants

Posté par koucou à 10:54 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Le joli leurre

    Bonjour

    Bonjour, je découvre ton blog,ce poème me plait beaucoup, on se connait de chez mille poètes.
    Amitiés.
    Chrissette.

    Posté par chrissette, 11 août 2006 à 09:43 | | Répondre
Nouveau commentaire